Matin du 25 décembre 2025 …
Il me faut vous conter sans tarder ce qui s’est passé cette nuit dans l’Église de Saint Rambert.
Tout cela m’est venu en songe …
Mais était ce bien un songe ou plutôt ce qui me semble être un message prégnant de l’Esprit de l’Église de Saint Rambert.
Chacun se fera son idée, toutefois je ne vais pas surseoir plus longtemps au dévoilement des évènements étranges qui se sont déroulés la nuit dernière et dont il semble que j’ai reçu mission d’être le rapporteur, même si, je le précise, je n’ai pris aucune part à ces dits évènements.
Nuit du 24 au 25 décembre
Les agapes allaient bon train …
André, l’Esprit de l’église de Saint Rambert, avait convié nombre de ses confrères et consœurs à réveillonner pour célébrer, dans la joie et l’amour partagés, la naissance du Sauveur.
Il y avait Charles, Roch et Jean François Régis de Saint Etienne, Pierre de Firminy, Philibert de Charlieu, Etienne de Roanne, Porcaire de Montverdun, Albéric de la Bénisson Dieu, Claire de Montbrison, Michel du Puy en Velay, Julien de Brioude, Agathe d’Andrézieux, Laurent de Bouthéon, Catherine d’Arcinges, Georges d ‘Argental, Thurin de Balbigny, Ennemond de Bellegarde en Forez, Thyrse de Bas en Basset, pour ne citer que ceux qui me reviennent à l’esprit.
Pour se mettre en train, le Chanoine Kir avait été sollicité avec un petit Aligoté de derrière les fagots agrémenté de sa crème de cassis de Dijon.
Puis, après avoir commencé par les huitres, le foie gras et les escargots de Bourgogne, les convives avaient poursuivi leur périple culinaire par le chapon aux marrons copieusement agrémenté d’un authentique gratin forézien.
Tout cela accompagné, comme il se doit, d’un Meursault pour le blanc, et de Côtes du Forez pour le rouge.
Autant vous dire que l’ambiance était chaleureuse et que les invités ne regrettaient pas d’avoir fait le déplacement.
On en était aux fromages où les Fourmes d’Ambert, de Montbrison et d’Yssingeaux avaient été à l’honneur lorsque, vers deux heures du matin, l’hôte de ces lieux, André, fit tinter son verre (vide) avec son couteau pour demander silence et attention à son propos.
« Mes frères et sœurs, je voudrais vous dire un mot.
Tout d’abord merci d’avoir répondu à mon invitation et d’être là en cette nuit si spéciale, qui nous voit célébrer la naissance de l’Enfant Jésus comme l’avait annoncé les Prophètes.
En matière de célébration je voudrais vous faire partager l’émotion profonde qui fut la mienne, lorsque le 7 décembre dernier, la Chorale de Saint Just Saint Rambert est venue, en ce lieu même, consacrer son concert annuel à ce thème de Noël.
De la pierre d’angle jusqu’au faîte du clocher, toute la structure de mon église millénaire en a frémi, comme lorsqu’un frisson vous parcourt l’épine dorsale.
Nous étions, à ce moment là, dans la période de l’Avent, dans l’attente de l’évènement annoncé, et le cadre de mon église romane se prêtait bien à cette ambiance d’incertitude teintée d’espérance, en cette saison où le sort de la lutte engagée entre le jour et la nuit semble pencher en faveur de cette dernière.
Le concert splendide a comblé l’assemblée, des grands et des petits, venue l’écouter. L’émotion était palpable.
Moi-même, je l’ai savouré comme une gourmandise dont on ne voudrait pas voir arriver la dernière bouchée.
Je dois l’avouer, j’ai versé une petite larme.
Alors, et je ne sais pas pourquoi, la pensée suivante m’a traversé l’esprit.
Si la Chorale devait maintenant célébrer, comme il se doit, le temps de l’Après, le Temps de Noël, mais avec un répertoire éclatant, à la hauteur de la bonne nouvelle, Jésus est né, la nuit s’incline devant le jour, les ténèbres n’ont plus qu’à faire soumission devant Celui qui dira un peu plus tard « Nul ne va vers le Père sans passer par moi ».
Et bien il lui faudrait un lieu, une église bien sûr, en accord avec la tonalité du répertoire qu’elle choisirait alors.
Vue l’énergie que peut dégager cette chorale lorsque son chef la libère, il faudrait une église gigantesque, plus grande même que le stade Geoffroy Guichard !
Sur le moment, je me suis dit, c’est impossible. »
À cet instant, le frère Thyrse, prit la parole : « En somme, mon frère André, si je vous comprends bien, vous voudriez que votre chorale allât se produire à Saint Pierre de Rome, c’est bien cela ? «
« Non, non » répondit André, qui poursuivi :
« Nul besoin de franchir les Alpes, pour trouver ce qu’il nous faut.
Vous avez dû remarquer, sans oser vous en ouvrir à moi, un respectable frère assis à mon côté, frère qu’apparemment vous ne connaissez pas, et dont j’ai bien vu qu’il attisait votre curiosité.
Je vais donc laisser la parole à l’Esprit de l’Église abbatiale de Cluny qui saura, mieux que moi vous parler de son église. »
Se leva alors un frère, un peu plus jeune qu’André, dont le regard bienveillant contrebalançait la stature imposante.
« Mes frères, merci pour l’autorisation qui vient de m’être faite de parler de mon église, la Maior Ecclesia de Cluny.
En effet, l’église abbatiale de Cluny est hors normes et ses dimensions la rendent, en effet presque deux fois plus longue et une fois et demie plus large qu’un terrain de football !
Pensez, 187 mètres de long et 90 mètres de large au niveau du transept, contre 105 par 68 pour le mythique Chaudron stéphanois.
Son élévation de 40 mètres sous la coupole du grand transept lui confère un volume impressionnant.
Songez que la Maior Ecclesia peut abriter trois fois Notre Dame de Paris et je n’ose calculer le nombre de fois l’église de Saint Rambert qui nous abrite ce soir.
Ses cinq nefs, ses deux transepts et ses cinq clochers viennent magnifier l’ensemble, témoignage époustouflant et émouvant rendu aux maîtres d’œuvre, compagnons, tailleurs de pierre, sculpteurs, charpentiers, ferronniers, forgerons, fondeurs, couvreurs, verriers, qui ont su mettre leur savoir faire ancestral au service d’une réalisation dont ils savaient qu’elle les dépassait et leur survivrait.
La lumière passant par les trois cent une fenêtres de l’édifice vient baigner l’intérieur d’une lumière quasi divine encourageant la prière et la contemplation.
De tout l’Occident, et même d’Orient, pendant des siècles, des foules immenses de pèlerins, au prix d’efforts et de souffrances insoupçonnés, vont converger vers ce haut lieu de Bourgogne pour s’agenouiller, prier, implorer, devant les reliques de Saint Pierre et de Saint Paul puis repartir chez eux, témoigner de l’invraisemblable splendeur du sanctuaire clunisien.
Alors oui, la Maior Ecclesia pourrait accueillir en son sein la Chorale de Saint Just Saint Rambert, et je dois dire que j’en serais ravi. »
La sœur Catherine se leva alors pour protester.
« Avec tout le respect que je vous dois, il me faut, mon frère, vous rappeler que votre église n’a pas survécu au-delà du XVIIIème siècle et qu’il n’en reste que des fragments, qui d’ailleurs emportent la stupéfaction et le respect des visiteurs lorsqu’ils voient sur le plan affiché que ces fragments, pourtant monumentaux, ne représentent qu’une toute petite partie de l’édifice initial ! »
C’est André qui lui répondit avec douceur.
« Ma sœur, vous avez raison.
Cependant, n’oubliez pas qu’en la Nuit de Noël, tout est possible ! Le passé et le futur peuvent se fondre en l’éternel présent.
Rappelez vous ce qu’a dit Jésus ‘Avant qu’Abraham fût, moi, JE SUIS’, ce qui nous rappelle combien le temps n’est qu’une illusion.
Alors que nous sommes dans les heures qui vont précéder l’aube, le moment est venu pour moi de vous offrir mon cadeau de Noël.
Mon cadeau, ce sont des places, pour chacun d’entre vous, au concert exceptionnel que va donner dans quelques minutes la Chorale de Saint Just Saint Rambert dans la Maior Ecclesia.
Des esprits de toute la Chrétienté de part le Monde seront présents, il y aura même des esprits d’autres confessions.
Dépêchons nous, couvrez vous, dehors il fait friquet. Cependant nous y serons en un instant, c’est l’avantage que nous avons.
Soyez sans crainte, les bûches sont au frais ainsi que le champagne et vous pourrez les apprécier à notre retour.
Les choristes de la Chorale de Saint Just Saint Rambert au grand complet et en grande tenue nous attendent pour commencer.
Le programme ne comporte que sept pièces mais elles ont été choisies avec soin par Jean Pierre, le chef de chœur, pour conférer à l’évènement la puissance et l’émotion que mérite un lieu si sublime. »
Thierry Lergenmüller



























































